dimanche 4 janvier 2015

Le grand retour

Ça n'a pas de sens comme ça a passé vite. 1 an et demi que je suis en congé de maternité, je n'ai pas vu le temps filé... ah oui, je l'ai bien vu sur le cadran les nuits sans dormir :)

Et demain, c'est le grand retour au travail. Ne me demandez pas si j'en ai envie...

Entre 4 murs beiges en tissu, un tapis gris humide qui pue et une ambiance de boudin passé date, disons que j'aurais bien choisi de rester emmitouflée avec mon petit chou et découvrir les beautés de la nature. Dessiner. Prendre le thé.

Malheureusement, l'argent ne pousse pas dans les arbres du parc. Vous savez, ce papier imprimé qui mène le monde? Avec ce bel argent, nous pourrons joyeusement nous payer une belle semaine de camping ou 1 semaine dans le Sud, une voiture, un condo trop petit, un sapin artificiel, un téléphone dit intelligent, du scintillant vernis, une pelle à neige (ou un souffleur), de la bouffe pour manger nos émotions et de beaux vêtements pour bien PARAÎTRE au travail, etc.

Ahhhhhh que de sarcasme. J'exagère, un tantinet. Je me sens l'âme aussi noire que du charbon quand je pense au fait que je verrai seulement mon enfant un gros 2-3 heures par jour. Le reste de la journée, il sera chez une dame que je connais à peine et qui s'en occupera plus que moi. Certains se sentent offusqués par mes lignes en lisant ça : voyons c'est la vie Karine. Arrête de te lamenter. Il va se faire des amis à la garderie. Faut ben travailler dans vie pour te jouir de la vie (???????). N'est-ce pas là les putains de mots qu'on nous sort pour nous faire sentir moins coupable de faire des milles pour aller travailler chaque jour qui se lève?

"Ben si t'es pas contente, reste chez-vous la grande!!!!", justement on n'a pas toutes le choix. Déjà, je me félicite et je m'accorde une ovation d'avoir mis des sous de côté pour avoir pris 6 mois en plus avec mon enfant. Le voir rire avec moi devant les bernaches l'été dernier, marcher au parc à travers les feuilles colorées de l'automne, le voir se délecter d'une bonne crème glacée à la crémerie du coin... J'ai passée de si beaux moments avec lui, au gré des saisons. J'ai vu ses premiers pas live.
Ce choix m'a coûté la peau du cul, mais si peu coûteuse finalement comparativement à la richesse que j'en ai retiré au coeur. J'en suis fière et très heureuse, mais je dois désormais retourner travailler pour amasser d'autres beaux dollars qui me permettront de me payer les vacances de l'été prochain avec ma famille. Deux semaines qui passeront vite comme l'éclair, où j'aurai de beaux bidous pour acheter de la crème à glace, mettre du gaz dans le char et me payer 2-3 restos.

Vu de même c'est déprimant en cibole. Pourtant, je suis tout dans la vie sauf une fille déprimée, j'avance avec tout ce que ça implique, mais j'ai un beau grand défaut, je m'interroge trop, je me pose trop de questions. Je décortique et ma tête tourne sans relâche. J'ai beau me demander comment je pourrais faire pour passer plus de temps de qualité en famille avec le si peu de temps qui me reste en revenant du travail éreinté, je ne trouve pas encore le secret. C'est peut-être le même que la Caramilk.

Voler une banque? Devenir tueuse à gages? Vendre de la drogue? Me marier avec un homme riche? Gagner à la loterie?

Il n'y en a pas de solution. J'aurais beau chercher de midi à quatorze heure, je vais devoir accepter candidement que les 2-3 heures par jour que j'aurai avec mon fils, je vais devoir respirer par le nez - malgré la fatigue et toutes les tâches ménagères - pour les passer en qualité à défaut d'avoir la quantité.

Entre deux rondelles de carottes et d'oignons, je vais essayer de danser une petite valse avec Milàn dans la cuisine, ou un rap pourquoi pas. Entre deux brassées, jouer à cache-cache, entre deux bisous avec mon chum, le prendre dans mes bras pour le consoler, entre deux lunchs, lui dire que je l'aime et que je suis là pour lui. On partagera la tâche du bain, pour avoir le temps de schtroumfer dans l'eau et de rire, on se fera un hot-dog sur son BBQ reçu à Noël, on se racontera des histoires et on essaiera le plus possible de rire à gorgée déployée comme nous l'avons fait les derniers mois. On se mangera de petits bout de melon d'eau ensemble et on s'échangera de magnifiques sourires en jouant au lego.

Zen comme une séance de tai chi, je vais m'asseoir dans le bus et métro demain matin. Je vais respirer lentement, doucement jusqu'à ce que mes poumons soient bien remplis de pollution (ben non je blague là). Je vais lire, pour m'évader. Fermer mes yeux pour sourire à Milàn qui sera entrain de jouer avec ses petits amis. J'arriverai au boulot en avalant le moton, en me disant qu'il y a bien pire. Je pourrais être couturière en Chine pour 2 $ par mois. J'accepterai de qui EST. J'ai un travail, j'ai dû bosser fort pour l'avoir et je suis fière de mon parcours, parce que j'ai été MOI.

Je viserai le courage, celui de changer les choses que je peux. Je ferai mon possible, sans plus. Ce que les autres penseront et diront de moi, je m'en câlisserai, parce que je sais ce que je vaux. Mon seul but dans ma petite vie d'automates sera d'être une automate particulière, charmante et naturelle. Je mettrai ma propre couleur à ces murs beiges, je marcherai droit devant sur le tapis gris qui pue. Je sourirai à l'ennemi qui nous rabaisse. Et je rentrerai chez-moi le soir en étant la meilleure femme, mère et amoureuse que je pourrai.

Merci à la vie de m'avoir permis de prendre 6 mois de plus avec mon fils. D'avoir pu profiter de moments indescriptibles avec lui, accompagnée d'une santé parfois chancelante, mais présente. Finalement, il y a du rose dans notre noir charbon, celui d'être avec ceux qu'on aime.





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