mercredi 10 septembre 2014

1 h 30 de plénitude

Il aura fallu des heures pour s'y rendre. Plusieurs pas, je ne les ai pas comptés. Un pipi dans la brousse, de la sueur plein le front, un coup de soleil sur les épaules. On en aura vu des orteils de sandales laides, crochues, sales. On a vidé 2 litres d'eau pendant la marche. Je trouve les côtes un peu à pic. Nonobstant tous ces désagréments, je fais semblant que tout est parfait, je ne veux pas gâcher cette journée née juste pour nous deux.

Avant d'arriver au paradis, il faut aussi prendre le bateau. Avant de prendre le bateau, faut se rendre au bateau.

Moi : "Putain, en France y'a jamais de stationnement nulle part! Faut toujours se parker à des km de où on veut aller. Jm'ennuie de mon Québec."

Mon chum : "T'as vu le cave, il a carrément pris 3 places de parking pour garer son tacot?"

Je sue du front, du dessous de bras - heureusement que j'ai mis du déodo. Mes cheveux frisent c'est tellement humide. Je m'écarte du sujet.

- "Hey on a rien pris à bouffer, comme c'est là, l'heure du dîner arrive et ma chocolatine du matin est loin. Doit bien y avoir un stand à sandwichs jambon-beurre pas loin. Jambon-beurre, jambon-beurre, jambon-beurre. Je fais la moue.

Ah ben cibole, je vois le Ferry au loin, on y arrive enfin.

On s'arrête au simili dépanno de sandwichs jambon-beurre.

C'est en zozotant que la dame qui tient la sandwicherie me demande Ze que ZE veux.

- Un sandwich jambon-beurre svp. En fait, vous avez pas autre chose qu'au beurre-jambon?

- Dézolée madame, on a tout venduzz!

- Ah bon, ze vais vous prendre un sandwich jambon-beurre à 6 euros 50.

Putain c'est ben cher.

Viteeeee on va manquer le départ. On arrive à temps. Le ferry part et on est assis à côté de la sosie de Kim Kardasian. Faux cils, faux ongles, faux cheveux, faux seins énormes. Pffffff. Quossé ça, elle porte une chaîne autour de la taille, c'est laid bon.

Je la regarde tout le long de la traversée qui dure 10 minutes. Je demande à mon chum s'il la trouve belle. Il me dit que oui.

- QUOI? Tu trouves ça beau une fille toute refaite de même?

C'est là qu'il évite la question et se met à regarder la mer. Grrrrrrrr.

On arrive enfin à l'Île. Enfin bis. Elle est où la plage, dis?

Mon chum : "J'ai demandé au kiosque d'info, la plus belle se trouve à 45 minutes de marche!!!"

- Ostie st'une joke, j'ai les pieds en sang.

Mon chum : "La plus laide est à 10 minutes!"

- On s'en va direct à la plus laide!

10 minutes aura été 30 minutes. C'est pas si grave, on sait que bientôt on aura les pieds - en sang - dans le sable de la laide plage.

C'est dur, c'est long, pour une fille de 36 ans qui se bat pour en paraître encore 28. Je garde mon calme.

Et c'est là que j'aperçois la plage laide, c'est-à-dire un bijou de la nature, une eau claire, magnifique. Turquoise. Le paysage est à couper le souffle, je n'imagine même pas la belle plage. Je suis renversée par le décor qui se trouve devant moi. Presque en transe, je suis tellement contente d'avoir fait tout ce chemin pour voir ça que j'en ai les larmes aux yeux.

Y'a de beaux culs qui roulent sur la plage. Les maudites françaises n'ont pas de cellulite.

"Comment ça dont, elles bouffent full de charcuterie et de fromages?!!!", demandais-je à mon moi-même intérieur.

Et c'est sur cette pensée cellulitosophique que débuta notre 1 h 30 de plénitude. Seuls dans la mer, je n'y croyais pas. Deux fous en exaltation. J'ai presque envie de faire du monokini pour faire profiter ma joie à mes deux nouveaux tétés flasques d'après grossesse. Non, je n'ose pas, ça pourrait attirer les requins. Ah pis fuck, go!

Je me sens TELLEMENT bien. Vous savez, cet instant de bonheur qui dure si peu longtemps, le temps de se mettre à penser qu'on nage en plein bonheur justement. J'étais seule dans la mer, à l'Île de Porquerolles, accompagnée de mon bellâtre Tchèque. C'est pas magique ça. Bébé se fait garder. Je m'étend dans le sable et je me laisse échouer comme une baleine. Il vente à écorner les boeufs, mais le vent est chaud. J'adore cet instant.

- Ok, il est quelle heure? Il faut repartir, le retour sera long et faut être là pour l'heure du souper. Merde, déjà!

1 h 30 de plénitude pour des heures de route et de marche, mais, ce fut tellement revigorant.

À quand un prochain moment semblable?

La porte s'ouvre. Mon bébé s'avance à vive allure sur son petit camion, casquette sur le chou. Il ouvre les bras si grands, le plus grand possible. Il lâche un cri de joie.

Émue est bien peu dire. Je me suis ennuyée de lui et le papa aussi.

Tiens, je viens de vivre mon autre moment de plénitude :)














4 commentaires:

  1. Au fil de la lecture, je me doutais de l'endroit. J'y suis allée au début de l'été et comme toi, j'ai ressenti cet instant de bonheur et de bien-être. Ah quelle est belle cette île, surtout hors saison touristique. En tout cas, profitez-en bien !
    Et merci de partager. C'est très agréable de te lire, j'aime beaucoup ton blog.
    Caroline (une amie de Lina; on s'était rencontrées il y a quelques temps lors d'un souper chez elle).

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    1. Ma chère Caroline, je me rappelle très bien de toi. Merci de me lire. C'est un petit coin de paradis cette île. À bientôt. Bel automne à toi :)

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  2. C'est vrai que c'est laid! Comment as-tu pu!? :-P

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    1. Merci de me lire quand tu le peux Chantal! C'était pas r'gardable cet endroit haha!

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